Editos 2009
PAR JEAN-MICHEL RIBES
J’aime à tire d’aile
aller à la Passerelle
de la ville de Florange
car c’est là qu’on y mange
le venin et le miel
des démons et des anges
LES FANTÔMES DE LA PASSERELLE PAR GUY CARLIER
Les théâtres sont peuplés de fantômes parait-il. L’âme des grands
artistes s’installe pour l’éternité dans les lieux qu’ils marquèrent de
leur talent et l’on dit, par exemple, que Piaf et Brel hantent l’Olympia
de Paris.
Alors, pour savoir si les esprits de ceux qui avaient triomphé à
La Passerelle rodaient dans ce théâtre, j’y ai passé une nuit entière.
Je ne m’attendais évidemment pas à croiser Piaf ou Brel, mais vous
comprendrez ma déception, lorsque je vous aurais dit que le premier
fantôme que j’ai rencontré dans les cintres de la Passerelle était celui
de… Stéphane Bern.
Non, ce n’est pas vrai. On ne rencontre pas Stéphane Bern la nuit dans
les couloirs de la Passerelle.
Mais il s’y passe des choses bien plus étranges.
D’abord, lorsqu’on s’assied dans la salle vide et qu’on reste un long
moment dans le noir, on entend comme une respiration qui semble
venir des murs.
On dit que les murs ont des oreilles, les murs de la Passerelle, eux,
ont une âme.
Une âme qui s’est nourrie chaque soir, depuis tant d’années, au talent
d’Higelin, de Lavilliers ou de Manu Chao, à l’humour de Guy Bedos,
Roumanoff, Foresti et Guillon et au génie des plus grands comme
Girardot, Galabru et tant d’autres. Mais cette âme s’est nourrie
également des applaudissements du public, de ses rires et de ses
émotions. Du bonheur partagé, en somme.
Un peu plus tard, cette nuit-là, une ombre s’est glissée dans la salle,
s’est approché des murs, a posé sa main sur eux, comme une longue
caresse et puis, il s’est mis à leur parler. Pascal Jaskula, c’est l’homme
qui murmure aux murs de son théâtre. Il leur a cité le nom de tous ceux
qui allaient les faire vibrer la saison prochaine et à cet instant, les murs
de La Passerelle se sont mis à tanguer de bonheur.
PS : Les pétasses qui viennent de gagner la star’ac et qui « font »
l’Olympia devant un public d’invités ont coutume de dire « bon, bé, je
suis très impressionnée de me produire dans cette salle où l’on sent
encore l’âme de Jacques Brèleu ». T’inquiète pas ma poule, Brel ne
se dérangera pas pour toi.
Et pour être honnête, je me sens aussi déplacé que ces filles-là en osant
vous proposer en Mai prochain mon premier spectacle. Je vous jure que
je ferai de mon mieux pour être digne des fantômes de la Passerelle.
UN FOU DU ROI À FLORANGE PAR STEPHANE BERN
On ne vient pas là par hasard. Certes, nul ne songe à visiter la vallée
de la Fensch comme d’autres le val de Loire car les riantes façades
des châteaux Renaissance attirent plus les touristes que les hauts
fourneaux de la sidérurgie lorraine, dont on regrette les fumées
noires qui s’en dégageaient encore avant que Mittal ne les fasse
taire à jamais. Moi-même, je n’y serais pas venu par hasard, plus
prompt à poursuivre ma route vers le Grand-Duché tout proche, là
où se trouvent mes racines familiales. Et pourtant. L’insistance et la
chaleur amicale de Pascal Jaskula ont eu raison de la routine des
voyages du Fou du Roi dont l’itinéraire, sur la carte de France, se limitait
aux festivals de Deauville, Cannes, Saint-Jean de Luz, Lyon, Sarlat,
Bourges… L’émission en direct de « La Passerelle » à Florange, le 28
novembre 2008, reste l’un des souvenirs les plus forts. Jamais, en dix
ans, l’équipe du Fou du Roi n’avait connu un tel accueil que celui d’un
public chaleureux, attentif, sensible au divertissement de l’émission
autant qu’à sa vocation culturelle populaire. Bernard Lavilliers avait
raison, c’est l’Eldorado en plus petit !
Tout nous rapproche et nous unit à la Passerelle : une programmation
d’artistes de qualité, l’envie de partager et de diffuser une culture
authentiquement populaire au noble sens du terme, et le mariage réussi
de la culture et du divertissement sur un ton volontiers humoristique
et moqueur, parfois caustique, toujours distancié. Car rien n’est
pire qu’une animation prétendument culturelle et qui se prend au
sérieux. Les artistes programmés par Pascal Jaskula à la Passerelle
appartiennent à l’univers du Fou du Roi sur France-Inter. Et vice-versa.
Plus qu’une communion de pensée ou d’humeur, j’y vois un lien quasi
familial et fraternel. Sans en avoir les moyens, mais avec la volonté
et le coeur, la Passerelle ressemble à s’y méprendre à une Scène
Nationale. Il faut y voir le travail acharné de Pascal Jaskula et de son
équipe autant que l’adhésion du public lorrain, jamais blasé ni cynique,
mais pressé de rire de tout, de peur d’avoir à en pleurer, selon le mot de
Beaumarchais. Je salue avec admiration la passion qui les anime. Soyez
sûrs que le Fou du Roi retrouvera bien vite le chemin de la Passerelle
à Florange. Et cela ne doit rien au hasard.